L'automne du silence

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Yazbaltrine
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Enregistré le : 27 févr. 2017, 22:47

27 mars 2017, 22:12

________________________________________ L'AUTOMNE DU SILENCE ________________________________________

____________________________________________ CHAPITRE I : Le professeur. ____________________________________________




. . . . Le soleil vomissait ses dernières lumières ocres. Et tandis que la nuit galopait vers nous, le professeur m'emmenait toujours plus loin dans la forêt. Mes pieds découvraient le sol fragile et instable habillé de branches craquantes et de mousse glissante, dans un lieu qui pourtant semblait être fort et éternel, tant les racines des chênes s'enfonçaient loin dans le sol. Je n'avais pas vu d'arbres aussi grands dont les ombres présageaient du caractère sauvage de ces lieux. Leurs branches partaient en tout sens, les champignons poussaient gaiement et sans difficulté à leurs écorces quand des terriers, peut-être de lapins, je n'en ai jamais vu, étaient creusés à leurs pieds.
. . . . Alors que nous avions voyagé qu'une heure à vélo, je découvrais un nouveau monde intrigant et effrayant. Il n'y avait plus de grands trottoirs propres, d'habitats collectifs aux façades lisses et nettes, de voies pour les vélos et pour les éco-auto ni de détecteurs. Je n'entendais plus le silence du monde de fourmis dans lequel je vivais. J'étais aujourd'hui dans le silence de la nuit, le silence de l'inconnu qui murmurait ses secrets.
. . . . Le professeur semblait chercher quelque chose, son regard scrutait la forêt avec une rigueur étonnante, jusqu'à ce qu'il soupire de soulagement. " Je pensais m'être encore perdu ! " lança-t-il en avançant vers une barrière d'un autre âge rongée par la rouille, se confondant avec les lierres et les branchages qui l'étouffaient. Après l'avoir contourné, mon pied buta sur une surface dure, froide et recouverte de terre que je ne sus identifier. De part et d'autre, de grandes pierres jonchées de plantes invasives occupaient les lieux, semblables à celle sur laquelle je venais de trébucher. Elles semblaient toutes avoir la même taille, ou presque. On aurait dit des matelas pour une personne, mais faites de roches. Certaines étaient fendues, d'autres éclatées par un arbre qui avait décidé de pousser en son sein coûte que coûte. Il y avait aussi des ruines de ce qui semblaient être de petites maisons, mais si petites qu'une personne ou deux au plus auraient pu y entrer.
. - Quel est cet endroit, demandais-je alors que j'avançais en tentant de ne pas trébucher sur une de ces grandes surfaces rectangulaires en granite.
. . . . Sans se retourner, le professeur continua sa marche en me répondant : " On appelait ça un cimetière. Autrefois, on y entreposait les morts." Après un court silence, il ajouta : " ah oui c'est vrai (il eut un petit rire), tu ne sais pas ce qu'est un mort. "
. . . . Il s'arrêta devant une des pierres mais celle-ci, n'était pas recouverte par les lierres ou du moins, elles en avaient été arraché.
. - C'est une tombe, me dit-il en époussetant la surface. Vois-tu ces inscriptions ?
. . . . Je dus plisser les yeux pour distinguer qu'effectivement, il avait des choses gravées dans la pierre.
. - Qu'est-ce donc, demandais-je.
. - C'est le nom et le prénom d'une personne, ce qui correspond à nos codes d'affectation aujourd'hui. Il y a aussi sa date de naissance et celle de la fin de sa vie, ce qui était appelé la "mort".
. . . . Je restais silencieux en tentant de comprendre ce dernier mot. Je me demandais pourquoi il m'avait emmené ici à la fin des cours. Était-ce une sorte de cours privé ? Pourquoi m'était-il destiné ? Puis une idée effrayante me traversa l'esprit : et s'il me pensait déviant ? Ce devait donc être un des nombreux tests dont on nous parle, rumeurs qui nous effraient et qui pourtant nous gardent calmes et nous rassurent. Si tel était le cas, il me fallait montrer que j'étais normal et surtout en règle. C'est alors que je lançai d'un ton qui se voulait sûr : " Je pense qu'il faut rentrer, il est tard. Nous ne devons pas être dehors sans la permission d'un référent. "
. . . . Le professeur me regarda avec un sourire compatissant et me dit sur le ton de la confidence : " Je sais que tu sais lire. " Après un court silence il reprit : " Regarder des inscriptions et les déchiffrer dans ta tête, comme si c'était une voix qui résonnait dans ton esprit au travers de ces écritures, cela s'appelle lire. "
. . . . J'étais mal à l'aise, mes mains transpiraient de détresse et l'un d'elle vint inconsciemment se poser sur la poche de mon pantalon, comme dans un élan de protection. Il suivit mon geste du regard et s'assit sur une des tombes qui jouxtait celle qu'il m'avait désignée.
. - Je t'ai vu, pendant la pause, commença-t-il. Je t'ai vu manipuler ce que tu caches dans ta poche.
. . . . Il sortit de la sienne un sachet de biscuit et m'en proposa un que je ne sus refuser, avant de continuer :
. - Je ne suis pas un traqueur. Je n'ai pas été engagé par l'État pour détecter les déviants et les marginaux conscients ou inconscients de leur condition, donc tu n'as pas à avoir peur. Bien sûr tu vas te dire que c'est un des pièges qu'ils posent afin de te mettre en confiance et que tu te livres, mais penses-tu vraiment que j'aurai eu à t'emmener ici pour prouver que tu es différent alors même que ton contrôle à la sortie de l'établissement aurait révélé la présence de ce papier dans ta poche ?
. . . . Il avait fini son argumentation en mangeant de bon coeur son biscuit dont les miettes tombaient en neige sur le sol piétiné. Et je me rendis compte qu'il n'avait pas tort. Effectivement, pourquoi se fatiguer à vélo, me perdre dans les bois s'il était engagé par l'État ? Peut-être était-il simplement fou. Peut-être allait-il me tuer. Non, impossible. Les fous sont eux aussi traqués et détectés. D'un mouvement de tête qui chassa ces questions, je lui demandai :
. - Mais que voulez-vous de moi Monsieur ?
. - Que tu lises.
. - Que je lise quoi ?
. . . . J'avais le sentiment de jouer aux devinettes en étant le pantin de ce professeur qui devenait de plus en plus étranger à mes yeux.
. - Lis ce qu'il y a d'inscrit sur la tombe.
. . . . Je m'exécutai. Et d'un ton hésitant, je dictai ainsi : " Armand Jung... Et... je n'arrive pas à lire la suite, ce sont des inscriptions que je ne connais pas."
. - Ce sont des chiffres, me dit-il. Il est né en 1886 et mort en 1915. Ces dates ne te disent rien bien sur, je t'expliquerai tout ça plus tard ou peut-être le découvriras-tu seul. Se trouve donc ici, sous cette dalle de pierre, le corps d'Armand.
. - Vous voulez-dire... commençais-je hésitant, qu'il y a un individu sous nos yeux ?
. - Bien sûr. Oh aujourd'hui il n'en reste plus rien ou plus grand-chose. Mais tout autour de toi se trouvent des tombes qui contiennent chacune des cercueils qui renferment à leur tour des corps sans vie, morts.
. - Et pourquoi cet endroit existe ? Je ne comprends pas... Pourquoi m'avez-vous fait lire ces inscriptions ? Pourquoi suis-je ici ?
. . . . Les questions s'entrechoquaient dans mon esprit et je me sentais ivre tant la situation était ubuesque. Le professeur mangea son dernier biscuit, me rappelant que je n'avais toujours pas goûté au mien, il se redressa et me répondit en regardant dans le vague :
. - Les gens ont oublié. Ils ont oublié leurs morts, leurs passés. Le culte des morts fut le dernier des cultes à être chassé de notre société. Les cimetières étaient le dernier des lieux à faire valoir les caractéristiques privées et individuelles des humains : leurs noms, les marques d'affection des proches, les signes religieux qui étaient naguère chassés mais qui lors de la mort semblaient être respectés... Ces places n'existent plus ou du moins, on ne les fait plus exister. Car tu es bien d'accord avec moi (il se mit à caresser la tombe pleine de terre sur laquelle il était assis), ces choses sont belles et bien là. Elles sont ici, présentes, matérielles, mais on ne les nomme pas. Elles ont été autrefois interdites à approcher, interdites à voir, à nommer et finalement, fatalement, à penser. ( Il me regarda dans les yeux : ) Ce qui n'existe plus dans notre esprit, n'existe plus tout court. Tu comprends ?
. . . . J'acquiesçai d'un hochement de tête en grignotant mon biscuit, bien que tout cela fusse abstrait pour moi. Il avait parlé d'un air triste et las, sa voix se perdant entre une colère enfouie et une résignation palpable. Il se releva et je sentais toute la fatigue du monde suinter de chacun des pores de sa peau. Il me parut plus âgé que ce que je pensais. Peut-être était-ce dû à la lune naissante qui faisait jouer sur son visage ses rayons blafards... Après s'être essuyé les mains sur son pantalon, il dit d'un ton amical dont le sourire chassa la tempête qui semblait faire rage en lui précédemment :
. - Mon prénom est Armand.
. - Comme sur la tombe ?
. - Comme sur la tombe.
. . . . Après un court silence il reprit :
. - J'ai choisi son prénom. J'ai choisi de ne pas l'oublier, de le faire exister encore. J'ai choisi d'être qui je veux.
. . . . Je n'avais jamais entendu personne prononcer ces mots mais je savais qu'ils n'étaient pas tolérés ni tolérables selon nos moeurs. Je ne savais pas quoi faire en cet instant, j'avais peur. Peur de cet inconnu, peur de cet endroit, peur de ce que je vivais et de ce que ça impliquait si c'était amené à se savoir. Je regardais tout autour de moi, comme pour voir si quelqu'un nous épiait, caché derrière un arbre, une tombe, dans l'ombre de la nuit.
. - Il n'y a personne d'autre que moi ici, dit Armand.
. - Je suis là aussi. Et si ça se sait, je...
. - Non, me coupa-t-il. Tu es RH-624. Tu n'existes pas.
. - Mais ... si, je suis là ! Répondis-je interloqué en me touchant les bras et le corps, comme il l'avait fait avec la tombe. Je suis ici !
. - Non, tu es RH-624, répéta-t-il avec obstination.
. - Oui, c'est ce que je suis !
. - Non. C'est un code qu'on vous apprend dès que vous commencez à parler sans savoir à quoi cela correspond, ni même pourquoi il vous est donné. Et à part toi, moi, ou d'autres déviants, personne ne sait ni ne peut l'écrire. Tu es un code, un élément parmi tant d'autres.
. - Mais c'est comme mon prénom, c'est pareil ! ça me définit !
. - Non. Tu n'existes pas.
. . . . Il avait détaché chacun de ces mots, me heurtant, me frappant de plein fouet. Sans même continuer la dispute qui me mettait hors de moi, il reprit le chemin que nous avions emprunté pour venir ici.

. . . . Pendant tout le trajet qui nous ramenait chez nous, il ne voulut pas répondre à mes questionnements et mes remarques. Ma gorge brûlait à cause de l'air froid qui entrait dans mes poumons au rythme de mon essoufflement et de mes cris de frustration, lui assénant que j'irais le dénoncer. Arrivés aux portes de notre zone d'habitation, je me tus. J'étais épuisé, mes muscles me faisaient mal et la colère s'était évaporée avec le silence. Enfin le bourdonnement sourd de la ville se laissait entendre. A peine audible mais reconnaissable entre mille, rassurante, identifiable. Armand prit l'axe qui donnait sur le quartier des professeurs, sans me dire un mot. Quelque temps plus tard, je parvins à entrer sans me faire remarquer dans ma chambre de membre.
. . . . Toute la nuit les paroles du professeur, d'Armand, vinrent envahir mes pensées. Pourquoi ne m'avait-il pas dénoncé ? Pourquoi m'avait-il emmené dans ce "cimetière" et m'avait-il dit toutes ces choses ? Que voulait-il me faire dire ? Je ne savais pas ce qu'il adviendrait des autres jours, si le professeur resterait normal ou s'il continuerait à être marginal comme hier. Je me demandais s'il me reparlerait de cette soirée, et si ce n'est pas le cas, serait-ce parce que je l'aurais déçu ? Qu'attendait-il de moi ?
. . . . Je me rendis compte que ces pensées n'avaient pas à être, me rappelant que " poser trop de questions, c'est se perdre ". " Voilà, je vais arrêter de penser à ce professeur, à Armand, l'ignorer et continuer ma vie comme je le faisais jusqu'à présent " me dis-je.
. . . . Je pris un des somnifères qui nous étaient distribués quotidiennement et passa mon bracelet sur le détecteur installé au dessus du lit, pour bien signifier que j'étais bel et bien rentré. J'expliquerai à mon référent que je me suis réveillé dans la nuit en me rendant compte que j'avais oublié de valider ma présence. En attendant, dans l'espoir de trouver le sommeil et à la lumière de l'expérience de cette nuit, je me plongeais encore une fois dans ce papier qui était il y a encore peu, dans la poche de mon pantalon :

. . . . . . . . . . . . . . . . . " Il n'était même pas sûr d'être en vie puisqu'il vivait comme un mort. "


Pas moyen de trouver une citation courte qui fasse classe. Dans l'doute, j'vais dire ça : " Résiste, prouves que tu existes ".

DE RIIIIIEN !
Betty95100
Messages : 4
Enregistré le : 27 févr. 2017, 22:45

27 mars 2017, 22:36

J'ai hate de lire la suite 😍
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Pilar Palabunda
Messages : 19
Enregistré le : 10 mars 2017, 16:11

27 mars 2017, 23:12

Y'a un truc qui me fait irrémédiablement penser au Meilleur des Mondes...

Froid dans l'dos et hâte de lire la suite, tout à la fois :o
La seule certitude que j'aie, c'est d'être dans l'doute...
Je suis dubitative, voilà...
(ah bawè, forcément, au féminin c'est vachement moins drôle)
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Yazbaltrine
Messages : 9
Enregistré le : 27 févr. 2017, 22:47

28 mars 2017, 00:03

Pilar Palabunda a écrit :
27 mars 2017, 23:12
Y'a un truc qui me fait irrémédiablement penser au Meilleur des Mondes...

Froid dans l'dos et hâte de lire la suite, tout à la fois :o
Aaaaah... Mon petit doigt me dit que vous n'êtes pas la moitié d'une ! ;)

Merci pour vos retours les filles (:
Pas moyen de trouver une citation courte qui fasse classe. Dans l'doute, j'vais dire ça : " Résiste, prouves que tu existes ".

DE RIIIIIEN !
Chise
Messages : 1
Enregistré le : 24 mars 2017, 21:03

28 mars 2017, 10:52

Ha putain de merde ce que c'est classe ! J'en veux encore !
TrucMuche
Messages : 3
Enregistré le : 31 juil. 2017, 23:18

31 juil. 2017, 23:34

:)
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